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jeudi 5 juillet 2012

Boson de Higgs: un «grand moment», selon Hubert Reeves











Hubert Reeves,
Archives La Presse



La découverte de ce qui serait le boson de Higgs n'aura pas l'impact de la révolution galiléenne sur la pensée humaine mais vient ajouter une brique à «l'étonnement» et au «vertige» face à la question des origines, selon des philosophes.


«C'est un grand moment pour la physique mais je crois que cette découverte n'est pas comparable à celle de Galilée», estime l'astrophysicien et philosophe Hubert Reeves. «Elle n'aura pas un impact sur toute la pensée humaine comme celle de Galilée», ardent défenseur de l'héliocentrisme qui fut condamné par l'Église catholique en raison de ses découvertes scientifiques.
«Galilée a notoirement fait basculer d'une compréhension occidentale du monde à une nouvelle compréhension dont il allait être l'un des acteurs, on était dans une révolution», estime en écho Jacques Arnould, théologien chargé de mission éthique au CNES (Centre national d'études spatiales).
Cependant, souligne-t-il, c'est un élément supplémentaire à la compréhension de ce qui serait à l'origine de notre réalité contemporaine, de l'univers dans sa composition actuelle et dans son histoire. «Et c'est énorme!».
«C'est comme cela que c'est construite la recherche de Galilée, de questionnement en questionnement».
La découverte du fameux boson, si elle est confirmée, ajoute M. Reeves, «ne modifiera vraisemblablement pas notre compréhension du monde. Elle confirme celle que nous avons déjà dans le cadre du comportement de la matière et c'est déja beaucoup».
Du point de vue philosophique, elle «ajoute encore à deux sentiments sans cesse confortés et renouvelés au sein du grand public: l'étonnement et le vertige», poursuit Jacques Arnould.
Il explique: «Étonnement, car dès lors que l'on nous donne quelques chiffres de la réalité observée et des moyens mis en oeuvre, qu'on prend la mesure de la complexité de la réalité et de l'engagement humain déployé pour savoir ce que nous sommes et d'où nous venons, nous sommes émerveillés».

«Ciment originel»

«Vertige aussi. On pense aux ''Infini'' de Pascal qui sont effrayants: on nous parle de la constitution du coeur de la matière qu'on arrive à observer, la même qui s'est constituée dans les tout premiers instants de l'univers, du ciment originel».
«Beaucoup d'entre nous se rendent bien compte que ce qui se passe au niveau de l'infiniment petit ou de l'infiniment grand se rejoignent dans une telle expérience. Aussi éloignés soient-ils de notre échelle, il s'agit bien de nous», ajoute-t-il.
Face à ce «vertige» métaphysique, plusieurs attitudes sont possibles, estime le théologien : «on peut se dire que notre action n'a aucune importance lorsqu'on parle en milliards d'années, qu'on est perdu et perdre pied. On peut au contraire s'interroger avec fierté et responsabilité sur les raisons de notre singularité d'être humain, pensant, qui a une conscience de lui-même et cherche à savoir».
Reste, conclut-il, «toute la dimension du choix humain, qui se construit collectivement et individuellement. Se pose la question de l'origine de l'être humain et de Dieu, certains le refusent, d'autres pas, on est dans une démarche personnelle».
«Nous ne sommes ni plus près, ni plus loin de Dieu qu'hier. Nous sommes dans une époque extraordinaire en terme de construction d'un savoir collectif sur ce qui nous constitue, dans lequel pour une fois on ne se fait pas la guerre», estime-t-il.
«Le savoir ne peut pas imposer quoi que ce soit au croire personnel et inversement, sinon on arrive à des mélanges des genres dont Galilée est un triste exemple».

Agence France-Presse
Paris, France

mercredi 4 juillet 2012

Découverte très probable du boson de Higgs: quelles conséquences ?


L'existence d'indices probants d'une nouvelle particule dont la masse se situe au voisinage de 126 GeV va-t-elle changer notre interprétation de l'Univers ? Le théoricien Ignatios Antoniadis apporte quelques explications.



Ce matin, mercredi 4 juillet, dans l'auditorium principal du CERN. La nouvelle d'aujourd'hui est-elle une réponse à nos questions, ou la première d'une nouvelle série de questions sur la nature ?





Ignatios Antoniadis: Sur la base des données actuelles, cette nouvelle particule ressemble bien au boson de Higgs tant attendu. Le résultat obtenu est une indication importante à cet égard. Toutefois, les propriétés de la nouvelle particule n'ont pas encore été entièrement étudiées, et une réponse définitive ne pourra donc être donnée qu'après une analyse approfondie.

La prochaine étape consistera à étudier les taux de désintégration de la nouvelle particule. Les particules sont caractérisées par leur masse, mais également par leur taux de désintégration. Si nous découvrons que cette nouvelle particule se désintègre selon les modes prévus et conformément aux taux prévus selon le Modèle standard, nous serons en mesure de l'identifier vraiment comme étant celle responsable de la brisure de la symétrie électrofaible.

Et dans le cas contraire ?

Ignatios Antoniadis: Dans le cas contraire, nous devrons déterminer s'il faut apporter de petits ajustements au Modèle standard afin de tenir compte de l'existence de la nouvelle particule, ou s'il s'agit de rechercher des processus d'une nouvelle physique afin d'expliquer sa nature.

Restons sur le Modèle standard. Que nous apprend la nouvelle particule ?

Ignatios Antoniadis: S'il est confirmé que la nouvelle particule est un boson de Higgs du Modèle standard, nous devons admettre qu'elle est relativement légère, plus légère que ce que prévoyait une grande partie des physiciens des particules il y a encore quelques mois.

Le champ de Higgs associé au boson serait toujours présent dans l'Univers, mais il faudra peut-être modifier notre conception. Compte tenu de la faible masse du boson, le potentiel qui décrit le champ pourrait par exemple présenter deux minima au lieu d'un seul. À ce jour, l'Univers est positionné sur l'un des deux minima, mais la mécanique quantique pourrait permettre une transition vers le second minimum. Cela, à mon sens, pourrait signaler l'existence d'une nouvelle physique qui compenserait cette instabilité.

Le résultat actuel a-t-il déjà permis d'exclure certaines descriptions possibles de l'Univers faites précédemment ?

Ignatios Antoniadis: Oui. En raison de sa faible masse, ce boson de Higgs nous a déjà permis d'écarter la théorie dite "Technicolor", ainsi que certains des modèles théoriques utilisés dans la supersymétrie. Cependant, d'autres scénarios, supersymétriques ou non, de même que des théories extradimensionnelles, pourraient toujours s'appliquer.

Laissons de côté le Modèle standard un instant. Que nous apprend la nouvelle particule ?

Ignatios Antoniadis: Les propriétés de la nouvelle particule pourraient être différentes de celles prédites par nos théories actuelles. Dans ce cas, afin d'élaborer les scénarios théoriques correspondant à la nouvelle description de l'Univers, il nous faudra connaître exactement les modes et taux de désintégration de cette particule. La bonne nouvelle pour les théoriciens est que les expérimentateurs pourraient nous donner cette information dans les mois à venir. Notre curiosité à tous sera bientôt satisfaite ! Ce résultat marque le début d'une nouvelle ère pour la physique, et pourrait bien entraîner d'autres découvertes.

Vous trouverez des articles de Peter Higgs, Robert Brout, François Englert, John Ellis, Giovanni Ridolfi, Fabio Zwirner, Ignatios Antoniadis et d'autres scientifiques à l'adresse suivante: http://www.sciencedirect.com/science/journal/16310705/8/9

RE: http://www.techno-science.net/?onglet=news&news=10569

et http://www.lapresse.ca/sciences/201207/04/01-4540506-physique-decouverte-de-la-particule-de-dieu.php

TABLEAU DES PARTICULES





samedi 30 juin 2012

Suspense autour de la particule mythique de Higgs

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Jean-Louis SANTINI
Agence France-Presse
Washington



The CMS detector inside the Large Hadron Collider captured evidence of the new particle (file picture).
Photograph courtesy Maximilien Brice, CERN



Compact Muon Solenoid (CMS) detector

Le suspense est à son comble dans la communauté scientifique avant les derniers résultats attendus mercredi de la traque du boson de Higgs, une particule considérée comme la clé de voûte manquante de la physique moderne.

Ce que les physiciens doivent dévoiler à Genève lors d'une conférence de presse au CERN (Organisation européenne pour la recherche nucléaire), qui abrite le plus grand accélérateur de particules du monde, le LHC (Grand collisionneur de Hadrons), pourrait enfin confirmer ou infirmer l'existence du boson de Higgs après des décennies de recherche infructueuse.

Cette particule est l'élément clé jamais observé dans la théorie du «Modèle standard de la physique des particules» élaborée dans les années 60 pour décrire la structure fondamentale de la matière visible dans l'univers.

Selon ce modèle, le boson de Higgs explique pourquoi des particules sont dotées d'une masse et d'autres pas. Sa détection validerait donc cette théorie.
Le physicien britannique Peter Higgs avait postulé en 1964 l'existence de cette particule à laquelle il a donné son nom.

En décembre 2011, les derniers résultats des expériences Atlas et CMS présentés au CERN resserraient considérablement «la fenêtre» où se trouverait le célèbre boson. Il se cacherait aux environs d'une masse de 125 gigaélectronvolts (GeV), où les deux expériences (Atlas et CMS) ont observé un «excès de fluctuations» lors des collisions de protons dans le LHC.

Mais la marge d'erreur statistique n'est pas suffisamment faible pour déclarer avec certitude l'existence d'une nouvelle particule, expliquent ces chercheurs, citant une probabilité d'erreur inférieure à un sur 3,5 millions.

Les deux équipes de physiciens se sont donc remises à l'ouvrage, analysant une abondante moisson de nouvelles données produites par des milliards de collisions de protons.

«Un grand moment»

«Nous avons maintenant plus que doublé le nombre de données obtenu en 2011», précisait récemment Sergio Bertolucci, directeur de la recherche au CERN. «Cela devrait nous permettre de voir si les observations de 2011 se confirment ou pas», poursuit-il, ajoutant: «nous vivons un grand moment».

Déjà en mars, la communauté des physiciens se déclarait optimiste. «La fin de la traque pour saisir le boson de Higgs est proche», juge Jim Siegrist, du ministère américain de l'Énergie.

«Il est certain que les deux expériences menées indépendamment au LHC ont la capacité d'apporter une réponse définitive sur le boson de Higgs et tout le monde s'y attend en 2012, la semaine prochaine ou plus tard cette année», note Joe Lykken, de l'expérience CMS, lors d'un entretien avec l'AFP.

Si le boson de Higgs n'existe pas, «ce serait une nouvelle encore plus grande» qui, en remettant en cause le Modèle standard de la physique, «révolutionnerait notre pensée», souligne ce scientifique.
Une autre hypothèse tout aussi exaltante serait la découverte d'une nouvelle particule proche de celle de Higgs mais différente, relèvent d'autres physiciens. Une telle découverte pourrait aider à percer les mystères de la matière et de l'énergie sombres qui représenteraient 95% de l'univers.

Lundi matin, le Fermilab de Chicago, hébergeur du Tevatron qui a été longtemps le plus puissant accélérateur de particules, fera une annonce à Chicago portant sur l'analyse des données produites durant dix ans par les collisions de particules dans l'accélérateur désormais hors service.

Le physicien Peter Woit, de l'Université Columbia à New York, écrit sur son blogue que le «Fermilab va essayer de dérober une petite partie de l'attention avant l'annonce du LHC mercredi en faisant part de nouveaux indices de l'existence de Higgs».